Blog dedicado a la genealogía de Gardel, meticulosamente documentada por investigadores de Francia, especialmente M. Georges Galopa.

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LE RETOUR DE CARLOS GARDEL EN FRANCE

(Leer este artículo en español)

1ère Partie : PARIS  (26 décembre 1930–13 janvier 1931)

 



près ses retentissants succès obtenus lors de sa première apparition sur les scènes françaises, en 1928 et 1929, Carlos Gardel revint à nouveau en France en décembre 1930 avec un contrat en poche pour se produire au théâtre Empire de Paris du 26 décembre 1930 au 8 janvier 1931.

Le 6 décembre 1930, à 22 heures locales, le "Conte Rosso", de la compagnie de navigation italienne "Lloyd Sabaudo", appareilla de Buenos Aires en direction du port de Gênes avec à son bord Carlos Gardel et ses trois guitaristes : Barbieri, Aguilar, et Riverol[1].

Le "Conte Rosso" fit escale à Barcelone le 21 décembre 1930[2] et arriva le lendemain en rade de Villefranche sur mer près de Nice .   Carlos Gardel devait chanter avec ses guitaristes au théâtre Empire le 26 décembre. Le petit groupe disposait donc de quelques jours avant de se présenter devant le public parisien. Carlos Gardel a peut-être profité de son passage à Nice pour se rendre au Palais de la Méditerranée où il devait se produire à partir du 15 janvier 1931.

           

DÉBUTS DE GARDEL AU THÉÂTRE EMPIRE DE PARIS :

 

Le quotidien "Paris-soir", très informé sur les nouvelles du monde du spectacle, annonça dans son édition du 21 décembre 1930 la prochaine venue de Gardel à Paris par ces quelques mots : « Carlos Gardel, le créateur des Tangos argentins, sera la vedette du prochain programme de l’Empire. ».


 Journal "Paris Soir" -  Édition du 21 décembre 1930    (source : Gallica-BNF)


             

Il est possible qu’on ait attendu le passage du "Conte Rosso" à Barcelone pour publier cette nouvelle, car ce même quotidien annonçait le 16 décembre 1930 la présence "du trio Robbins et des danseurs Vulton[3] et Vanel, au prochain spectacle de l’Empire ", mais sans évoquer la présence de Carlos Gardel.

Les parisiens furent ainsi informés du retour de Carlos Gardel en France et de son passage au théâtre Empire[4]  dont il fut à nouveau la vedette, (c’est à dire l’attraction principale du programme). Carlos Gardel se produisait à Paris pour les fêtes de fin d’année, une des périodes les plus importantes dans le monde du spectacle.

Le 25 décembre 1930, la presse parisienne annonça le nouveau programme de l’Empire :

Carlos Gardel fut cité dans "L’Excelsior" comme "le célèbre chanteur argentin Carlos Gardel, la grande vedette des disques Odéon"

           

Extrait du journal "L’Excelsior" du 25 décembre 1930 - (Source : Gallica-BNF)

 


Le journal "Comoedia"écrivait :  "A l’Empire . C’est demain que le célèbre chanteur argentin Carlos Gardel fera sa rentrée à Paris".


Extrait du journal "Comoedia" du 25 décembre 1930 – (Source : Gallica-BNF)



 

Enfin, un grand nombre de journaux parisiens publièrent cet encart publicitaire détaillant le programme de l’Empire où le nom de Carlos Gardel apparaissait en gros caractères.

 




Dans ce programme on retrouvait les danseuses Loïs Hutton et Hélène Vanel ainsi que la voyante Blanche de Paunac qui partageaient l’affiche avec Carlos Gardel lors de son premier passage à l’Empire du 22 février au 7 mars 1929[5].

Le nouveau programme de L’Empire fut très bien accueilli par la critique :

 

Le journal "Comoedia" y consacra deux articles les 28 et 30 décembre 1930.

 

Le nouveau spectacle de l’Empire

« Le nouveau spectacle de l’Empire nous a ramené quelques numéros connus, les uns d’athlétisme pur, tels ceux du Stadium et des frères Strebor (que nous avons connus autrefois sous le nom de Roberts) ; les autres très divers de genre, tels ceux de l’illusionniste Fred Brezin, très adroit et très sympathique ; des danseuses : Loïs Hutton et Hélène Vanel, dont les efforts valent d’être suivis avec  intérêt ; et de la populaire Blanche de Paunac, voyante extra-lucide, à l’instinct divinatoire infaillible et au débit précipité.

Extrait du journal "Comoedia"
du 28 décembre 1930 (Source : Gallica-BNF)
Ce programme nous ramenait surtout la grande vedette du disque, Carlos Gardel, dont le succès, une fois de plus, a été très vif et très justifié.

Parmi les nouveautés, il faut surtout citer les extraordinaires danseurs de claquettes The Caits Brothers, et les tumultueux patineurs à roulettes Robins Trio dans leurs vertigineux exercices d’équilibres tournoyants.

Les burlesques Laep et Habel valent surtout par la composition de leurs brillantes silhouettes et le contraste des deux types qu’ils ont campé avec beaucoup d’humour.

Le zèbre présenté par le Trio Naho’el s’apparente à beaucoup d’autres animaux apocryphes du même genre, chevaux , chameaux, etc., dont le prédécesseur fut Hank the Mule, dont le souvenir n’est pas encore éclipsé ». Y.N.

 

 

L’article du journal "Comoedia" du 30 décembre 1930 signé par Gustave Fréjaville est beaucoup plus développé, et nous en avons extrait les lignes concernant Carlos Gardel :

Carlos Gardel, l’émouvant chanteur de tangos, que nous n’avons pas revu au music-hall depuis le mois de mars 1929 – près de deux ans –  retrouve sur la scène de l’Empire le succès qui avait salué sa première apparition. J’ai dit alors ce que je pensais de cet artiste original, qui traduit avec un charme incontestable et une émotion communicative la poésie particulière de ces chansons d’Argentine, dont les meilleures sont de petits chefs-d’oeuvre de couleur, de sentiment, de mélancolie ou de passion. La nature n’en est pas absente et ce souffle d’air, cette impression de vie rustique, cette évocation d’horizons inconnus donnent pour nous un attrait incomparable à quelques unes de ces productions populaires, comme El Carretero, Caminito, qui figurent toujours au répertoire de Carlos Gardel et sont très chaleureusement accueillies. Quant à l’art du chanteur, il s’est peut-être affiné encore : il nous semble que Carlos Gardel, dont la voix est naturellement puissante et d’un timbre vibrant, s’efforce maintenant de chanter tout en nuances, sans appuyer sur le son, en demandant tout l’effet à son articulation expressive, à sa science du rythme, à sa fine sensibilité. C’est une confidence à mi-voix, soutenue par trois guitares discrètes, qui tissent, pour servir de fond à la mélodie, une très légère dentelle sonore, d’un travail infiniment délicat.


Ce changement apporté par Gardel à l’interprétation de ses chansons ne fut pas toujours apprécié par d’autres journalistes qui préféraient ses interprétations précédentes. Le critique Louis Léon Martin écrivit ces quelques lignes dans le journal "Paris Midi" :

Extrait du journal "Paris Midi" du 30 décembre 1930  (Source : Gallica-BNF)















Texte de l’article :

Extrait du journal "Le petit parisien" du 1er Janvier 1931 
( Source : Gallica-BNF)
« La réputation de Carlos Gardel n’est plus à faire. Chacun connaît l’admirable chanteur de tangos dont la voix souple, nuancée – trop mondaine cette fois peut-être et point assez canaille -- traîne avec elle le désir et les nostalgies. Mais comme je préférerais un simple rideau derrière lui et ses guitaristes plutôt que cette échappée sur une Espagne(?) artificielle... »

Ce même critique déclara dans "Le petit parisien" du 1er Janvier 1931 :

Carlos Gardel jouit auprès du public féminin d’une réputation considérable. D’abord il a cette beauté brune qui n’est pas sans impressionner le jugement de nos compagnes; puis il possède une voix infiniment suave et dont il peut user de la façon la plus câline.. Carlos Gardel ne manque pas de moyens, comme on voit ; il ne manque pas non plus de valeur. Dirai-je cependant que je le préférerais plus farouche, et j’allais écrire plus populacier. Il ne faut pas oublier que les tangos pour être aujourd’hui acclimatés dans les salons, n’en sont pas moins d’importation exotique mais d’origine populaire

Enfin, sous le titre "Espoirs permis autour du tango", le journal "L’intransigeant" publia le 4 janvier 1930 une interview de Carlos Gardel dans laquelle ce dernier s’exprimait en français :

 

L’intransigeant 4 janvier 1931 (Source: Gallica-BNF)

 

Espoirs permis autour du tango

L'affiche de Paul Colin représente Gardel appuyé sur sa guitare. On n'imagine pas l'un sans l'autre. De la tache blanche qu 'elle fait, en scène, sous son visage sort un chant presque aussi délicieux que celui de sa voix. Les lèvres et les doigts de Gardel sont également mélodieux.

Le tango forme encore la majeure partie de son répertoire. Ce rythme argentin n'a rien perdu de sa faveur.

-        Aime-t-on toujours le tango ? Ai je demandé à Carlos Gardel.

-        Mais oui, un bon tango plaît toujours me répondit-il à sa façon.

Car il ne parle pas le français comme vous et moi. Il a une façon de s'exprimer dans notre langue qui est beaucoup plus jolie, je vous l'assure. L'accent, quel qu'il soit, est toujours séduisant dans une belle voix.

-        Le tango connaît-il dans tous les pays le même succès ?

-        Certainement, en Espagne, en Uruguay, au Brésil, partout on l'aime comme en France.

-        Mais en Angleterre ? En Allemagne ?

-        Je n'y suis jamais allé et je n'ai jamais visité l'Italie non plus. Je n'ai pas le temps. Je ne quitte jamais une ville sans signer un contrat pour l'année suivante. Ainsi je ne suis jamais libre.

 

Pourtant Carlos Gardel m'a dit qu'il irait en Angleterre et en Italie cette saison. Il possède une médaille d'or à l'effigie du Prince de Galles que lui a donnée celui-ci. C'est un de ses plus grands admirateurs. L'Angleterre en a certainement beaucoup d'autres qui ne le savent même pas.

Et là encore, sans doute, on aimera le tango. Comment ne l' apprécierait-on pas quand il est chanté ainsi.---





Nota : La photo de Carlos Gardel au bas de l’article a été faite par "Manuel frères".


Il s’agit des frères Gaston et Louis Manuel qui étaient spécialisés dans les photos d’artistes et de scènes de théâtre.

 

Logo :  G.L. MANUEL frères. Rond-point des Champs-Élysées

           

Nous pouvons savoir le nombre de représentations de Gardel au théâtre Empire grâce au journal "L’Œuvre" qui  publia tous les jours les horaires des séances :

Du 26 décembre jusqu’au 8 janvier, soit pendant 14 jours consécutifs, le spectacle eut lieu tous les soirs à 20h30. Il fut aussi présenté en matinée, à 14h30, et à prix réduit, les samedi, dimanche, lundi et jeudi. Cela donne en tout le nombre total de 22 représentations de Gardel au théâtre Empire.

Le journal "l’Intransigeant" du 9 janvier 1931 (qui paraissait la veille à 17 heures) annonça la dernière représentation de Gardel au théâtre Empire et un nouveau programme qui débutait le lendemain.


Journal "L’Intransigeant" du 9 janvier 1931 – dernière représentation de Gardel à l’Empire (Source : Gallica-BNF)




 

Carlos GARDEL à L’EMBASSY

En plus du théâtre Empire, Carlos Gardel et ses guitaristes honoraient un deuxième contrat. Du 1er au 13 janvier, ils se produisaient à L’Embassy, un établissement situé 136 avenue des Champs Élysées à Paris, comme le montre l’annonce ci-dessous, où Carlos Gardel est qualifié de " maître" du tango chanté.


Journal "L'Intransigeant" du 4 janvier 1931 - Gardel à l'Embassy. (Source: Gallica-BNF)

























LA MORT DU MARÉCHAL JOFFRE

Durant le séjour de Carlos Gardel à Paris, l’évènement le plus important fut l’annonce de la  mort du Maréchal Joffre, survenue le 3 janvier 1931 à 8h23 du matin. Depuis une semaine son état de santé s’aggravait et les journaux suivaient fébrilement l’évolution de la situation en publiant chaque jour des nouvelles du grand soldat. A sa mort, la France décréta des funérailles nationales en hommage au vainqueur de la bataille de la Marne de septembre 1914 qui avait arrêté l’avancée des troupes allemandes vers Paris. Le 6 novembre 1931, un long cortège nocturne traversa Paris depuis l’École Militaire où son corps avait été exposé pour rejoindre la cathédrale Notre Dame de Paris où fut célébré le lendemain une messe de requiem, premier acte des funérailles nationales.

Le magazine "VU" couvrit cet évènement et publia le 14 janvier 1931 un long reportage.

Extraits du magazine "VU" du 14 janvier 1931 (Collection personnelle de Georges Galopa)



Ce même magazine publiait un article sur les spectacles de Paris dans lequel apparaissait une photographie de Gardel  réalisée par l’agence photographique Achay de Neuilly sur Seine, près de Paris. Cette agence était spécialisée dans les photos d’évènements artistiques et a existé dans la période 1920-1930.

Extrait du magazine "VU" du 14 janvier 1931 (Collection personnelle de Georges Galopa)



 

La photo était ancienne, puisqu’on pouvait voir derrière Carlos Gardel le guitariste José Ricardo qui ne faisait pas partie des musiciens de la tournée de 1930-1931. C’est cependant une des rares photos de Gardel sur une scène française qui ait été publiée dans la presse.

Cet article du magazine "VU", en date du 14 janvier 1931, jour où Gardel quittait Paris pour aller chanter à Nice, ne pouvait plus avoir d’impact sur le public parisien. Il est fort possible que la mort du Maréchal Joffre ait retardé sa parution. On peut cependant détacher de cet article les propos du journaliste Florent Fels sur Gardel:

 

A L’EMPIRE . – La langueur des chants de l’Amérique latine est symbolisée par Carlos Gardel.   ".. Carlos Gardel, séduisant chanteur qui est un peu à la scène ce que Valentino fut pour l’écran"

Il ne croyait pas si bien dire, quand on sait que Carlos Gardel avait l’intention de faire du cinéma.

Après avoir obtenu à Paris un "triomphe indescriptible" comme l’écrit le journal "Paris-Soir" du 31 décembre 1930, Gardel partait vers la Côte d’Azur où l’attendait un challenge tout aussi redoutable au "Palais de la Méditerranée" de Nice. 


Extrait de "Paris-Soir" du 31 décembre 1931 –  où l’on peut lire :« Triomphe indescriptible avec le célèbre chanteur argentin Carlos Gardel, la grande vedette des disques Odéon .. »  (Source : Gallica-BNF)


 

 

Extrait du journal "Paris-Midi" du 15 janvier 1931 – (Source : Gallica-BNF)

          

On peut lire :  « Le célèbre chanteur argentin Carlos Gardel débute à Nice aujourd’hui. Il sera de retour à Paris au mois d’avril, et on le réentendra à l’Embassy ».

 

Carlos Gardel quittait Paris,…. mais il avait promis de revenir !

 

 

 

GeorgesGALOPA

ANDOLSHEIM, le 31 octobre 2021.




 



[1]     Historia Artística de Carlos Gardel -Miguel Angel Morena. Page128

[2]     Journal "La vanguardia" de Barcelone du 24 décembre 1930

[3]     Il s’agissait des danseuses  Loïs Hutton et Hélène Vanel

[4]     Voir l’article d’Ana Turón : Gardel au théâtre Empire de Paris en 1929

          https://ana-turon.blogspot.com/2021/01/gardel-au-theatre-empire-de-paris-1929.html

[5]     Voir une description des numéros de Blanche de Paunac et de L. Hutton et H. Vanel dans l’article d’Ana Turón : Gardel au théâtre Empire de Paris en 1929 --  https://ana-turon.blogspot.com/2021/01/gardel-au-theatre-empire-de-paris-1929.html